close
Huffington Post

Pourquoi il est urgent d’installer des urinoirs féminins en ville

Pourquoi il est urgent d’installer des urinoirs féminins en ville



FEMMES – Nous sommes en 2019 et l’accès aux toilettes n’est toujours pas le même selon si l’on est un homme ou une femme. Alors que la Journée mondiale des toilettes se tient ce mardi 19 novembre, de jeunes innovateurs se penchent sur cette inégalité depuis quelques temps.C’était par exemple le cas lors du festival de reggae Summer Vibration, dont l’édition 2019 a eu lieu en Alsace au mois de juillet dernier. Au cours de ce dernier, les organisateurs ont eu l’idée pragmatique (et novatrice) d’installer sur les lieux quatre urinoirs féminins mobiles. Reconnaissables entre mille par leur couleur rose, Lapee (c’est leur nom) permet à trois femmes d’uriner en même temps en toute discrétion. Les parois sont conçues de sorte à ce qu’elles ne puissent ni se voir entre elles, ni être vues de l’extérieur. Pour y accéder, rien de très compliqué. Il suffit de monter deux petites marches et de s’accroupir. Les parois servent à se tenir. L’inventrice de cette innovation s’appelle Gina Perier. À 25 ans, cette Française, qui s’est associée à l’architecte danois Alexander Egebjerg, souhaite généraliser l’usage de sa création (déjà en place dans un bar de Copenhague) dans tous les lieux où les femmes ne peuvent uriner autre part que dans la rue. View this post on InstagramA post shared by Lapee (@lapee_dk) on Jun 28, 2019 at 1:32am PDTElle entend combler un fossé. “L’urinoir est le seul objet au monde qui est propre à l’homme et qui, jusqu’ici, n’existe pas en version féminine. Le pipi des femmes est assez tabou et elles sont souvent appelées par le terme misogyne de ‘pisseuses’”, se désolait la chercheuse au mois de mai lorsqu’elle a présenté son travail au Concours Lépine.Le “pipi sauvage” concerne tout le mondeMême si beaucoup d’hommes n’y ont sans doute jamais pensé, uriner dans la rue quand on est une femme est un vrai casse-pipe. Certes, il existe des toilettes publiques un peu partout en ville. Sauf qu’elles sont très souvent sales et que la queue avant de pouvoir y rentrer est longue et pénible. L’impression d’être enfermées peut aussi mettre mal à l’aise ses utilisatrices.Résultat, certaines préfèrent se retenir avant de rentrer chez elles (ce qui peut entraîner des complications sur la santé, comme des cystites). D’autres, au contraire, prennent leur mal en patience et attendent leur tour. Enfin, les dernières envoient tout valser et filent en quête d’un petit espace discret pour uriner au coin d’une rue ou entre deux voitures.C’est ce que Sarah Bourcier Laskar appelle le “pipi sauvage”. Étudiante en dernière année de master à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle a rejoint pendant six mois le Laboratoire Eau, Environnement et Systèmes Urbains de Paris (Leesu). Elle a travaillé au sein du programme de recherche OCAPI, dont les travaux visent à étudier et accompagner les évolutions possibles des systèmes alimentation/excrétion urbains. Cela passe par l’étude des possibilités de gestion alternatives au tout-à-l’égout, et des pratiques quotidiennes des individus quand il s’agit de faire ses besoins.La jeune femme s’est, elle, penchée sur le deuxième volet du programme. Pendant toute la durée de son stage, elle s’est rendue dans trois lieux de la capitale particulièrement fréquentés la nuit: le canal Saint-Martin, le canal de l’Ourcq et les quais de Seine près de Jussieu. Là-bas, elle y a sondé des hommes et des femmes en train de faire la fête pour comprendre un peu mieux les raisons qui les poussent à se tourner vers l’espace public pour uriner.Montée de stress et pudeurLes motivations sont diverses. Elles ne peuvent en aucun cas être retenues comme des généralités sur l’espèce humaine ou sur l’un des deux sexes. Toutefois, des tendances s’échappent du lot. La chercheuse, qui s’est beaucoup intéressée aux femmes, en a relevé plusieurs. Un des aspects qu’elle a relevés s’apparente aux difficultés que rencontrent les femmes à uriner tranquillement dans l’espace public.“Le moment de l’urine chez les femmes se cristallise par une montée de stress, explique Sarah Bourcier Laskar. Pourquoi? Parce qu’il leur faut chercher un endroit, que ce soit des toilettes publiques, celles d’un commerce à proximité ou un abri dans la rue.” Par pudeur, beaucoup d’entre elles n’iront pas dans la rue. Elles vont préférer attendre que vienne leur tour dans un lieu fermé. D’autres, plus pressées que les précédentes, ne voient pas pourquoi elles devraient attendre alors que nombreux sont les hommes à se permettre d’uriner dans les rues. Elles vont se trouver un endroit discret.C’est ce que la chercheuse désigne comme étant une forme de calcul coût/avantage. Une sorte de hiérarchie s’opère au moment de vouloir uriner. Elles vont définir ce qu’elles priorisent entre la rapidité, la sécurité, la salubrité et la pudeur.Ce dernier critère, la pudeur, n’est pas inné. Il est socialement construit. Il est lié au regard des autres, d’après Sarah Bourcier Laskar. “Certains hommes n’imaginent pas les femmes faire pipi dans la rue, explique-t-elle en prenant appui sur des propos qu’elle a recueillis. Ils ont une vision stéréotypée selon laquelle les femmes ne sont pas censées se dénuder dans la rue.”Pipi collectif et mimétisme socialAttention, d’autres éléments peuvent aussi intervenir et altérer l’ordre des priorités. D’un, les sujets qu’elle a rencontrés s’inscrivaient dans un contexte festif où l’alcool peut pour certains participer à la désinhibition du pipi sauvage, constate l’étudiante. ”Ils ne l’auraient peut-être pas fait dans un autre cadre”, estime cette dernière.De deux, il convient de prendre en compte le moment de la journée, à savoir la nuit. Le comportement n’est sans doute pas le même en pleine journée qu’à minuit sous la seule lumière des derniers réverbères allumés.Enfin, Sarah Bourcier Laskar ajoute un dernier point à la liste. Elle parle de “mimétisme social”. “Puisqu’on sait que tout le monde va faire pipi dans la rue, on se le permet à nous-même”, renseigne cette dernière qui aborde notamment la question du “pipi collectif”.La fonction sociale change d’un genre à l’autre. Chez les hommes, on se refile surtout les bons lieux ou on tient la garde. Comme l’a montré le sociologue Erving Goffman dans “L’arrangement des sexes”, les toilettes ont une fonction de sociabilité chez les femmes. On discute, on se remaquille, etc. D’après la jeune chercheuse, c’est un modèle dont on peut en retrouver la continuité dans la rue sous la forme de l’entraide.Se protéger du voyeurismeCeci étant, quand il est question d’uriner dans l’espace public, demander à une personne de nous accompagner relève aussi de la sécurité. Certaines femmes envisagent cette option par solidarité. Pourquoi? Parce que le sentiment d’insécurité peut se cristalliser au moment de l’urine, d’autant qu’il se caractérise par son intimité.En se rendant sur les quais de Jussieu, Sarah Bourcier Laskar a entendu parler de la présence potentielles de voyeurs, qui se trouveraient être des hommes principalement. “Ils attendent qu’une fille se désiste dans la queue des toilettes pour la suivre”, renseigne l’étudiante en master. Des cas d’agressions sexuelles, comme une femme qui pendant qu’elle urinait dans les buissons a senti une main toucher ses fesses, ont été relevés.Ces fait sont connus des agents de la cellule de lutte contre les incivilités de la mairie de Paris. Ils tentent de sensibiliser à ce problème de voyeurisme lors de la verbalisation d’une personne. Un fait qui n’aurait pas lieu si les femmes disposaient elles aussi de leurs propres installations publiques, suppose l’enquêtrice.Depuis un an, en plus de Lapee, deux autres urinoirs féminins ont vu le jour. L’un d’eux, Madame Pee, est actuellement mis à disposition sur le périmètre de Paris Plage. L’autre s’appelle Marcelle et répond à deux besoins complémentaires, à savoir la demande d’un urinoir dédié aux femmes mais aussi la récupération d’urine pour en faire de l’engrais agricole. Sarah Bourcier Laskar salue ces innovations sociales et le caractère féministe qui les accompagne. Elle espère cependant les voir se pérenniser. View this post on InstagramA post shared by Marcelle, l’urinoir féminin 💧 (@urinoir_marcelle) on Jun 1, 2019 at 1:38am PDTInterrogée sur la question, Gina Perier explique au HuffPost y réfléchir. Elle veut d’abord habituer le public au dispositif. “Faire comprendre aux femmes que c’est un urinoir n’est pas facile. C’est nouveau, c’est délicat.” Avant d’installer Lapee en plein air de manière pérenne, elle veut qu’il devienne une norme. Actuellement en contact avec la mairie de Paris, elle ne compte pas en rester là. À juste titre, les vessies n’attendent plus.À voir également sur Le HuffPost:LIRE AUSSI :
Comment réagir quand vos collègues (ou votre chef!) veulent vous parler aux toilettes

Ces toilettes du futur utiliseront l’eau de pluie pour tirer la chasse



Source link : https://www.huffingtonpost.fr/entry/pourquoi-il-est-urgent-dinstaller-des-urinoirs-feminins-en-ville_fr_5dd27479e4b02947481a970f

Author : Valentin Etancelin

Publish date : 2019-11-19 03:40:44

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : Huffington Post

The author wa-news

https://dagmar-coward-kuschke.com   https://www.mondialnews.com   https://www.the-manifest.org/   https://news2.fr   https://1-maillot-de-bain.com   https://www.arabicnews.biz   https://www.lacompagniedesbambous.com   https://maillots-de-bain-shop.com   https://respectologie.com   https://www.africanewslive.com